Tenderly



“A vida é a arte do encontro, embora haja tanto desencontro pela vida.” - Vinícius De Moraes « La vie est l’art de la rencontre. » La rencontre musicale de Stacey Kent et Roberto Menescal est l’illustration parfaite de cette phrase pleine de philosophie signée Vinícius De Moraes Roberto Menescal a débuté son long périple musical dans les années 1950 alors qu’il n’était encore qu’un simple étudiant traînant ses guêtres dans les rues de Rio de Janeiro. Fasciné par les sonorités exotiques du jazz et de la musique populaire venue des Etats-Unis, il trouve dans l’enregistrement de Cry Me A River par Julie London et le grand guitariste Barney Kessel une de ses toutes premières sources d’inspiration. Stacey Kent de son côté a passé son adolescence aux Etats Unis avec le jazz et le Great American Songbook comme bande sonore. Mais la musique brésilienne s’est très vite imposée dans son univers, exerçant sur ses goûts la même curieuse fascination qu’une génération plus tôt le jazz sur ceux de Menescal. L’un et l’autre sont devenus par la suite des personnalités incontournables dans leurs sphères musicales respectives. Roberto Menescal est le récipiendaire d’un prix spécial honorant l’ensemble de sa carrière aux Latin Grammy Awards de 2014. Il est aujourd’hui considéré comme l’une des figures les plus importantes de la musique brésilienne du 20e siècle. A la fois guitariste, compositeur et producteur, il compte parmi les pères fondateurs de la bossa. Son importance dans la musique brésilienne de la fin des années 1950 à aujourd’hui ne peut être sous-estimée.


Stacey Kent

Stacey Kent a commencé sa carrière musicale en interprétant des standards américains, de la Bossa Nova et des chansons avant d’élargir son répertoire à des œuvres originales signées de son mari Jim Tomlinson et du romancier Kazuo Ishiguro. Elle apporte à ce vaste répertoire une touche indéniablement personnelle, d’une grande finesse et intelligence émotionnelle. Des légions de fans ont immédiatement adhéré à son sens de la litote. La première rencontre de Menescal avec l’interprétation de Stacey est intervenue en 2000 par le truchement de DJ Bob Tostes, grand amateur de jazz vocal, qui offre à Menescal et sa femme Yara une compilation personnelle de ses chanteurs préférés. Immédiatement un morceau a attiré leur attention : une version d’un titre rare de Gershwin Isn’t It A Pity, interprété par Stacey Kent. Menescal reconnut aussitôt dans cette interprétation à la fois sobre et d’une grande profondeur émotionnelle, cette musicalité dénuée de tout pathos si caractéristique des grands chanteurs brésiliens avec qui il a travaillé comme par exemple Nara Leão. Qui était cette chanteuse américaine ? Menescal se mit aussitôt en quête d’autres enregistrements de Stacy Kent. Il devint un tel fan de Kent qu’à chaque fois qu’il produisait un nouveau jeune chanteur, il lui offrait une sélection d’enregistrements de l’Américaine en lui disant :« Ecoute ça et on en parle après ». Pour Stacey Kent, bien qu’elle fût une grande amatrice de musique brésilienne, Roberto Menescal était juste un nom sur une pochette d’album.



Enregistré en compagnie de Jim Tomlinson, au saxophone et à la flûte ainsi qu’avec Jeremy Brown à la contrebasse, cet album intimiste sonne comme un retour aux sources aussi bien pour Stacey que pour Roberto. Pour Stacey, c’est l’occasion de revisiter le Great American Songbook, tandis que pour Roberto, c’est un retour aux racines du jazz qui inspira tant le jeune guitariste qu’il était à l’âge d’or de la bossa nova. Le choix de « Tenderly » comme chanson-titre de l’album ne pouvait être plus pertinent. Son premier enregistrement par le crooner brésilien Dick Farneyaccompagné par l’orchestre de Paul baron date de 1947. C’est la parfaite expression de boa vizinhança (bon voisinage) qui caractérisait les relations culturelles entre les Etats Unis et le Brésil dans les années 1930 et 1940. Ce même boa vizinhança parcourt l’ensemble de ce nouvel album. Et cette rencontre fortuite de 2011 a conduit à la réalisation d’une œuvre essentielle qui pour l’un comme pour l’autre tiendra indubitablement une place privilégiée dans leurs carrières respectives. « Tenderly » — ou comment transformer l’art de la rencontre en rencontre de l’art !



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